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Histoire érotique : Le Faune

A le voir, on le considérait comme un gentil garçon,  constamment  serviable. Ses collègues, d’ailleurs, ne se privaient pas de le solliciter ; qui pour un renseignement, qui pour une modification de planning, qui pour une aide de dernière minute. Et lui, acquiesçait, cherchait une solution et arrangeait les choses. Son large sourire mettait en confiance. Il échangeait souvent de petites plaisanteries, de petits clins d’œil, mille petits riens légers qui n’encombraient pas. Parfois un jeu de mots salace, parfaitement obscène lui échappait. Tout le monde riait en s’étonnant un peu, puis on oubliait.

Lorsqu’il travaillait de nuit, on le voyait souvent sortir prendre l’air deux minutes, la tête levée vers le ciel. On aurait pu croire qu’il s’accordait une pause, pour respirer la nuit. Pourtant, chaque fois que son regard croisait l’œil de la lune, une crispation imperceptible secouait son corps. Ce cycle, il ne le connaissait que trop bien. Quartier après quartier, voilà des millénaires qu’elle gouvernait sa vie. Pourtant, il résistait, tout ce qui était humainement possible – et c’était bien là sa limite, - il le faisait, n’aspirant qu’à la normalité.

 Il s’abrutissait de travail, accumulant les permanences, il réduisait son temps libre au minimum, il s’imposait des contraintes qu’il se tenait obligé de tenir. Il dormait peu. Pour repousser encore le moment, il prenait un soin tout particulier à sa toilette. Chacune de ses nombreuses douches étouffait son odeur sous celle aseptisée d’un savon de Marseille puissant. Il taillait méticuleusement sa toison au plus court. Jambes, fesses, pubis, torse ; rien n’était épargné. Il s’aspergeait de déodorant et enfilait systématiquement un T-shirt en coton dont le rôle était d’absorber encore la sueur résiduelle. Mille fois il avait tenté de couper ses cheveux nattés sans jamais réussir à se décider aussi se contentait-il de les assembler en queue de cheval sage.

Un humain comme un autre apparaissait alors dans son miroir.

Mais la lune était là, inexorable à lui rappeler qui il était. Il avait beau user de tous les artifices, il savait qu’il succomberait encore.

Il l’avait découverte un peu par hasard au gré d’une lecture, lui qui ne lisait pas souvent. Les vœux qu’il avait fait pour la rencontrer étaient au fil des nuits passés de vagues désirs à une certitude troublante. Si l’homme en lui ne voulait guère y accorder d’importance, l’autre attisait son désir au fur qu’augmentait son emprise.
Il n’avait pas voulu la rencontrer ce jour-là, c’était si près de son pic. Mais l’autre avait déjà la main mise sur bien des actions. Il la vit et sut aussitôt qu’il avait perdu. Par enchantement, le rendez-vous qu’elle lui fixa tombait à la pleine lune. Il souriait et ses dents brillaient. C’était toujours ainsi, cycle après cycle, siècle après siècle. Dans un dernier soubresaut de résistance, il se rasa presque à s’écorcher.

Dans les rayons de lune qui baignaient la chambre, le faune avait gagné. Il la chevauchait, il était sous elle, insatiable de renaître. Ses nattes détachées vibraient comme les cheveux de la méduse la fascinant, elle. L’odeur des bois envahissait sa chevelure et son pelage repoussait inéluctablement à chaque coup de rein. Sa langue n’avait plus de repos, la goûtant, la fouillant, modelant tout son corps. Chaque muscle de son être n’était que l’extension du rut qui le tenaillait au ventre.
Elle était transportée, réceptacle de cette énergie qu’elle lui renvoyait. Mêlés, liés l’un à l’autre, c’était sans fin. Explosion d’odeurs, de salive, de sueur, de liqueur. Animalité partagée.
Elle n’avait pas été dupe, l’ayant reconnu dans les souvenirs des mythes tant aimés. Elle faisait l’amour à un être ancien, du temps où les hommes partageaient la terre avec les divinités.

Il ne mangeait pas, ne grappillant qu’un peu de raisin de son offrande. Ils ne se lavèrent pas, imprégnés de l’odeur de l’autre. Dans sa tête, les mêmes sons traversant les âges, tempo sourd des battements. Temps du rut éternel auquel il était dédié.
Homme-rut, Moonyx

La lune pâlit, la nuit prenait fin, il la quitta.

Elle écrivait en guise d’exorcisme. La pierre sur son bureau jetait ses sombres éclats. Elle contemplait la lune et sa respiration se disant :il reviendra.

 



30/01/2009
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